11/2010 - "La certification pour découvrlr son entreprise comme on ne l’a jamais vue".
A l’occasion d’une interview dans Technic’Baie, Sam Bounemeur, dirigeant du cabinet Cab’Qual, évoque l’intérêt d’une démarche qualité comme un moyen de mettre à plat l’organisation au sein d’une entreprise et de situer objectivement ses forces et ses faiblesses.
Cab’Qual compte plusieurs entreprises du secteur de la protection solaire et de la fermeture dans ses références. Cette société est spécialiste de l’accompagnement des entreprises dans la mise en œuvre d’une démarche qualité en vue d’une certification ISO et/ou NF Service Bâtiment.
Paru dan Technic Baie 31 octobre 2010. Interview de Sam Bounemeur par JAN MEYER
Technic’Baie : Entre la NF Service Bâtiment et l’ISO 9001, quelle est la différence ?
Sam Bounemeur : Une différence marketing tout d’abord : la NF Service vise a priori le grand public, le B to C alors que l’Iso vise plutôt le B to B, c’est-à-dire les entreprises entre elles. D’autre part l’ISO 9001 est internationalement reconnue alors que la NF Service est sectorielle (centre d’appels, bâtiment, centres de formation, …) et française. Bien qu’elles aient de nombreuses ressemblances, elles ont des cibles différentes.
Sur le plan de l’organisation, les deux normes restent très proches dans leurs principes (une dizaine environ) avec cependant une approche plus managériale en ce qui concerne l’ISO 9001 et plus technique en ce qui concerne la NF Service. A noter cependant une jeunesse de la NF Service (notamment dans l’énoncé de ces principes) par rapport à la maturité de l’ISO 9001 .
Technic’Baie : Une entreprise familiale peut être ISO ?
Sam Bounemeur : Une personne travaillant seule peut l’être en tant qu’entité juridique, alors pourquoi pas une PME familiale ? Comment procède-t-on ?
Nous faisons un diagnostic, un état des lieux rapide pour planifier le déroulement de la démarche en intégrant les points bloquant éventuels mais aussi et surtout en capitalisant sur l’ensemble des points forts existants. C’est pourquoi, d’expérience, même pour une TPE, l’ISO 9001 peut être déployée de manière souple et adaptée, sans plus d’effort que la NF Service. Car en réalité une entreprise répond « de facto » aux 2/3 des exigences de la norme.
Ensuite, nous répondons aux exigences de la norme souvent en complétant ou en précisant ce qui existe déjà dans l’entreprise. En un an il est possible d’y arriver. Nous laissons le temps à l’entreprise d’évoluer sans douleur. À la fin, elle fait l’objet d’un audit à blanc qui est plus dur que l’examen réel avec un auditeur indépendant.
Technic’Baie : Comment se situent ces démarches par rapport à Qualibat ?
Sam Bounemeur : Pour « simplifier » Qualibat juge d’une capacité technique alors que les normes de management (NF et ISO) jugent d’une capacité à s’organiser et à enclencher un processus d’amélioration. Car, le point de départ est d’être au moins certifié Qualibat. Avec NF et Iso nous prenons en compte tout ce savoir-faire.
L’entreprise est confrontée chaque année à un auditeur sur site, qui au-delà du papier, analyse le comportement des acteurs (notamment vis-à-vis du client) et le mode l’organisation en place. On maîtrise la pose des stores ? Mais sait-on pour autant les vendre avec une garantie de service ? Comment je tiens la promesse que je fais au client ? Le client veut telle ou telle couleur, mais lui a t-on au moins conseillé une autre teinte qui irait mieux avec son environnement ?
Enfin, les audits annuels apportent une vision nouvelle au dirigeant. L’auditeur remarquera, par exemple, des manquements sur le plan de la sécurité, alors que le chef d’entreprise la considère comme acquise.
Technic’Baie : Quelles sont les exigences et les modalités d’une telle démarche ?
Sam Bounemeur : L’on peut s’en faire une idée concrète à travers un exemple. Une des exigences de NF et d’Iso est d’enregistrer les dysfonctionnements sur un carnet, sur des photos ou informatiquement. Périodiquement le dirigeant regarde et commente tous ces petits problèmes.
Par exemple, comment se fait-il que 70% des soucis arrivent le lundi matin avec telle équipe ? Comment se fait-il que sur 2 000 chantiers, 450 chantiers finissent hors délais. C’est du concret. Le dirigeant peut se mettre autour d’une table et avec le technicien, le commercial et le métreur et tenter de résoudre l’essentiel des dysfonctionnements.
La seule exigence papier est en effet de noter, voire de classer, les dysfonctionnements. De les catégoriser, car sans catégories il n’y a pas d’analyse. La norme ne dit rien sur ces catégories, ça peut être des degrés d’importance, des types de dysfonctionnements (fournisseur, pose, SAV, main-d’œuvre…). Ça peut être la promesse que l’on tient ou que l’on ne tient pas.
Technic’Baie : Le cadre est finalement assez ouvert.
Sam Bounemeur : Il n’y a pas, il ne doit pas y avoir d’intégrisme, le bon sens doit présider. Prendre du retard n’est rien si dans 80 % des chantiers les délais sont tenus. C’est un esprit de progrès. Si, par contre, seulement 25 % des chantiers tiennent les délais, c’est que l’on ment sur son engagement. Il n’y a rien d’élitiste, mais la démarche permet au chef d’entreprise de tirer son entreprise vers le haut et de rendre visible cette évolution, à l’extérieur et à l’intérieur. Il faut mettre du formalisme là où c’est strictement nécessaire.
Enfin il est primordial de savoir que NF et ISO n’ont que très peu d’exigences « documentaires » propres. Mettre en place une démarche qualité s’articule autour d’une organisation et non autour de la rédaction systématique de procédures.
On peut facilement faire passer un cap à l’entreprise et toutes les pistes doivent être envisagées pour y arriver.
Technic’Baie : La démarche qualité peut-elle être un moyen d’éviter les litiges ?
Sam Bounemeur : Absolument. Il y a l’exemple de l’état des lieux. Lorsqu’il est mal fait ou pas fait du tout ça peut souvent finir en litige. En ce sens l’état des lieux est vital pour l’entreprise. Chez un particulier, un support A4 avec 10 points à surveiller suffit amplement. A l’inverse il peut être intéressant de définir qu’à partir d’un certain montant, par exemple supérieur à 25 000 euros, on fasse un état des lieux avec huissier. Le PV d’huissier sécurise.
Technic’Baie : Pourquoi la NF Service Bâtiment ne rencontre-t-elle pas plus de succès ?
Sam Bounemeur : C’est une question de temps. Dans le bâtiment cette démarche n’est pas encore entrée dans les mœurs. Dans vingt ans je pense que le management de la qualité sera devenu banal et il ne passera pas nécessairement par de l’Iso ou du NF. Ces remarques sont valables pour tout autre démarche de management : environnement, sécurité, contrôle interne, gestion des risques. Les dirigeants doivent déjà apprendre à déléguer ou à s’entourer de cadres.
Technic’Baie : Quelles sont les motivations actuelles des dirigeants ?
Sam Bounemeur : En général, le chef d’entreprise se lance dans la démarche car il souhaite un levier supplémentaire pour renforcer son management. Il va prendre des photos sur les chantiers et dire « ça et ça je ne veux plus le voir ». Il sera obligé, pour changer les habitudes, de passer par une démarche de management afin de chasser la médiocrité. Il veut changer l’image de son entreprise, ça passe par des tenues de poseurs propres, une meilleure gestion de ses déchets de chantier, des véhicules à ses couleurs, etc. Et même si les salariés répondent « mais on a toujours fait comme ça », il doit reprendre son destin en main.
La normalisation permet de dépassionner les débats et de réunir les collaborateurs autour de faits. Il ne s’agit pas de désigner un coupable mais de résoudre une problématique.
Technic’Baie : Dans les entreprises du store et de la fermeture, y-t-il des défauts typiques ?
Sam Bounemeur : Il faut savoir que dans ces métiers pendant trente ans c’est le client qui tapait à la porte de l’entreprise. On mettait une annonce dans les pages jaunes et c’est à peut près tout ce que l’on faisait pour se faire connaître.
Aujourd’hui, tout plaide pour un changement urgent de cap dans les directions commerciales et managériales de ces entreprises souvent artisanales.
A une époque le commercial s’attachait à faire des devis pour des gens qui venaient d’eux-mêmes. Il faut passer d’une culture de l’attente à celle du développement, de la recherche d’opportunités. En plus, il faut tendre vers l’excellence.
Avec le développement durable, il y a de belles opportunités à saisir, mais elles ne peuvent pas se faire sans démarche de management structurée. Il y a une attente forte de la part des clients en conseils et en savoir-faire. Au bout, il y a des résultats qui sont attendus.
Technic’Baie : Quel message auriez-vous à transmettre aux dirigeants ?
Sam Bounemeur : Qu’ils continuent à investir en ressources humaines et en matériel. Qu’ils restent à l’écoute des changements et qu’ils forment leur main d’œuvre au maximum de leurs capacités. Qu’ils offrent à leur entreprise un cadre organisationnel facilitant le changement et l’adpatation. La qualité ne vise pas les investissements, mais il est difficile de faire de la qualité sans investir.
A titre d’exemple, on peut être certifié NF Service Bâtiment la première année avec une flotte de véhicules vieillissante. Or, les pannes de véhicules vont engendrer des surcoûts, des retards de pose, des bouleversements d’agenda et des réclamations de clients. Donc les deux sont liés naturellement. Il faut se dire que l’on doit être dans les meilleurs.
Viser l’excellence à titre personnel mais aussi et surtout relayer cet état d’esprit et se battre pour chacun le fasse sien dans l’entreprise.
LE MAGAZINE DE LA FERMETURE ET DE LA PROTECTION SOLAIRE
Publication du SNFPSA (affilié à la FFB), la revue Technic’Baie s’adresse aux entreprises de fermeture et de protection solaire, (prescripteurs, établissements de formation, etc). Technic’baie est un périodique trimestriel qui tire à 14 000 ex. par numéro.
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